Meditation Sagesse

Etre zen, c’est mieux vivre, pas moins vivre

Il y a quatre pensées illimitées : l’amour, la compassion, la joie et l’équanimité (Bouddha)

On croit souvent qu’être sage c’est renoncer aux plaisirs, aux joies de la vie, à l’amour, être imperméable aux émotions, indifférent aux sentiments… C’est le chemin que prennent certains pratiquants de la méditation indienne et bouddhiste, et qui les conduit à s’isoler du monde, à éviter toute vie sociale, toutes relations affectives. Il y a, à mon sens, quelque chose d’absurde dans cette attitude.

Est-ce sage de rechercher la sagesse ?

D’abord, est-ce bien sage de rechercher la sagesse ? Je ne le pense pas. À partir du moment où je recherche quelque chose, je cours derrière une idée de cette chose, ma conscience est détournée de la réalité pour adhérer à une réalité imaginaire. Dans ce cas, c’est l’idée illusoire d’un moi plus sage. Ego, quand tu nous tiens !…

Être sage, autant qu’on puisse affirmer que la sagesse existe réellement, c’est voir la réalité telle qu’elle est, ici et maintenant et y faire face pour agir de la façon la plus juste possible. Ce n’est pas éviter les émotions, les sentiments, les joies et les peines de la vie – quels mérites y a-t il à rester vertueux si on se tient à l’écart de toutes les tentations, de toutes les agressions ? – mais les accepter tels qu’ils sont, c’est-à-dire impermanents. C’est accepter que la joie ait toujours une fin, que le plaisir se transforme en lassitude ou en déception, que l’amour puisse mourir dans l’indifférence ou la douleur de la séparation, que la maladie soit toujours possible, la mort inévitable. Accepter de vivre le plaisir et la souffrance, plutôt que de renoncer au deux.

La sagesse, ce n’est pas renier la vie dans sa réalité quotidienne, c’est au contraire prendre la vie tout entière, dans son unité, sans chercher à la contrôler, sans désir et sans peur. Car c’est la peur de perdre ce qu’on aime qui nous empêche d’aimer, c’est le désir de plus de plaisirs qui nous empêche d’apprécier le plaisir présent, c’est la recherche du bonheur qui nous empêche d’être heureux…

C’est cet empêchement d’exister, de réaliser la vie en nous, qui produit les émotions négatives qui sont la source de nos souffrances psychiques (l’angoisse, l’envie, la tristesse, la colère, la haine…) et non la vie elle-même. La vie est l’accomplissement du dharma, et le bonheur dépend de notre capacité à accomplir notre dharma.

Les religions n’aiment pas la vie

Comme le disait Nietzsche, les religions n’aiment pas la vie. Certains bouddhistes, en prônant de façon radicale de se détacher de la vie pour se libérer de la souffrance, semblent lui donner raison.

Pourtant, si l’on approfondit un peu la pensée bouddhiste, on se rend compte que c’est une interprétation erronée. Se détacher de la vie c’est prendre conscience de son impermanence, et donc de l’impermanence et de l’inconsistance de tout ce qu’elle produit, ce n’est pas rejeter la vie, encore moins en nier sa réalité – le fameux et fumeux « tout n’est qu’illusion ». Dans ce cas on pourrait tuer sans que cela n’ait de réelles conséquences, ce qui serait en totale contradiction avec une philosophie qui respecte toutes les formes de vie.

Bouddha l’a très clairement exprimé dans ce qu’il a appelé la Voie du Milieu, notamment en rappelant que l’existence comme la non-existence sont tous deux des illusions produites par l’ignorance, par notre vision erronée des choses.

Les religions se méfient des plaisirs de la vie, même les plus naturels comme s’aimer, danser, être gourmand…  Les chrétiens y voient l’expression du pêcher, les bouddhistes celle de l’attachement à l’ego. Les deux présentent la souffrance comme inévitable et permanente. En revanche, nos plaisirs et nos joies sont toujours présentés comme éphémères, illusoires, insatisfaisants et finalement source de souffrance… Pourtant, si on observe nos vies, nous ne passons pas notre temps à souffrir, fort heureusement, comme nous ne passons pas notre temps à être joyeux. Nous n’avons pas plus à nous libérer de la souffrance que de nos plaisirs, l’impermanence s’en occupe. Et la conscience de l’impermanence des choses nous libère naturellement de nos attachements.

Se détacher, mais de quoi ?

Qu’entendons-nous par détachement ? Si cela signifie ne pas m’accrocher à ce que je vis et à ce que veux, j’y vois là un moyen de vivre plus intensément, d’être plus libre. De vivre l’amour, les joies et les peines tels qu’ils se présentent ici et maintenant, sans chercher ni à les retenir ni à les fuir. Si c’est renoncer à la vie, renoncer à aimer, à entreprendre, à créer, cela ne m’intéresse pas. Ce n’est plus être zen, c’est être mort…

Je ne crois pas qu’il puisse y avoir d’amour sans attachement. L’amour, c’est partager sa vie avec l’autre. Cette part de l’autre en nous nous lie forcément. Je ne vois pas comment ne pas souffrir de perdre les personnes qu’on aime. D’ailleurs, je ne le souhaite pas. Qui peut imaginer perdre un enfant en restant « détaché » !

Être sage doit nous permettre de mieux vivre, pas de moins vivre. Quand je parle de mieux vivre, ce n’est pas dans le sens d’une vie meilleure, plus confortable, mais d’une vie pleinement réalisée, libérée des désirs illusoires et des peurs inutiles, dans la présence à l’instant.

Bouddha dit : “De la méditation naît la sagesse”. C’est l’Eveil – que nous avons tous en nous en potentialité – qui mène à la sagesse et non l’inverse. Il faut avoir une vision juste des choses pour agir de façon juste dans le monde réel. Et pour avoir cette vision juste, il faut le connaître, il faut être dedans et le regarder en face.

1 Commentaire

  • Catherine

    bien sûr qu’il ne faut pas se retirer du monde vivre sans joies et sans peines n’est pas vivre, évitons d’aller boire dans des flaques impures et souillées et menons une vie saine, il faut prendre soin de notre corps c’est notre maison, n’allons pas nous vautrer dans les eaux sales ne lui donnons pas à manger boire et fumer des choses qui le rende malade, respecter la vie c’est se respecter

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