Ego Meditation

Retrouver la joie en soi

“Celui qui se livre à des méditations claires trouve rapidement la joie dans tout ce qui est bon.” Bouddha

Tous ceux qui ont pris l’avion ont fait l’expérience de cet instant où, après avoir traversé la couche épaisse des nuages, ballottés par les perturbations, on découvre soudain, dans le calme retrouvé, un ciel d’azur et la lumière franche du soleil. Les nuages qui paraissaient quelques minutes plus tôt infranchissables, si sombres qu’ils obstruaient la vue à travers les hublots, semblent, au-dessous de nous, légers et inconsistants.

Assis au-dessus des nuages

C’est exactement cette sensation que je ressens chaque fois que je débute ma méditation. Il faut traverser les pensées qui se bousculent, les préoccupations qui obscurcissent notre vue, les turbulences de la vie quotidienne pour retrouver le ciel immuablement bleu au-dessus des nuages, le calme, et la joie d’être là.

Quand je parle de la joie d’être là, je ne parle pas du sentiment d’excitation ou d’euphorie qui accompagne la satisfaction de nos désirs, la réalisation de nos projets, la fierté de la récompense, mais le sentiment de plénitude, de paix, d’unité qu’on éprouve parfois lorsqu’après une longue marche on découvre un beau paysage qui s’étend à perte de vue tout autour de soi.

La joie d’être vivant

C’est la joie simple d’être au monde, en harmonie et en unité avec lui. La joie d’être vivant. Nous avons tous ressenti cette joie, comme une bouffée de vie, lorsqu’après une longue période de maladie, en sortant pour la première fois depuis longtemps de chez soi, on remarque l’odeur de l’air et la sensation du soleil ou du vent sur son visage. Malheureusement, nous revenons très vite à nos préoccupations quotidiennes, à nos soucis, nos conflits, nos projets… Entièrement tournés vers nos pensées, nous perdons le contact avec nous-mêmes, avec ce (et ceux) qui nous entourent et avec cette joie profonde qui est l’expression de l’énergie vitale en nous.

Quand cette harmonie, cette unité sont rompues, cela fait naître le sentiment de manque, d’incomplétude et d’insatisfaction. C’est l’ego, en nous séparant du monde par la pensée, en nous individuant, qui créée cette fracture en nous, source de nos souffrances : frustration, colère, tristesse, anxiété, jalousie, haine de soi et des autres… Autant d’émotions négatives qui recouvrent et étouffent la joie naturelle d’être, comme les nuages en s’amoncelant finissent par cacher la lumière du soleil.

Chaque jour est le plus beau jour de sa vie

J’entends déjà tous ceux qui pensent en lisant ces lignes : mais la vie n’est pas forcément très joyeuse, elle est même souvent source de souffrances ! C’est vrai, mais malgré tout, qui sont prêts à y renoncer ? Très peu heureusement. Au fond de nous, nous sommes, malgré tout, heureux d’être vivants.

La journée la plus banale, avec ses petites tracasseries quotidiennes, peut devenir la plus belle journée de votre vie, simplement, parce que  vous venez d’apprendre que la personne que vous aimez le plus au monde vient d’être sauvée d’une maladie ou des suites d’un accident. Cette journée deviendra la plus belle journée de votre vie, non parce que vous allez faire quelque chose d’extraordinaire, mais simplement parce que, ce soir, vous allez pouvoir parler avec cette personne, dormir près d’elle, ou si c’est un enfant, l’embrasser dans son lit, comme vous le faites chaque jour, sans avoir conscience  du bonheur que d’habitude ces mots et ces gestes simples, cette présence à vos côtés, vous procurent.

Et puis, plus philosophiquement, on peut dire aussi que chaque jour est le plus beau jour de notre vie simplement parce que c’est le seul qui existe. Alors, ne le gâchons pas ! Les autres n’existent que dans notre esprit sous forme de souvenirs ou de projets. Ils n’existent plus et n’existeront peut-être jamais…

Savoir s’émerveiller

Prenons les enfants pour modèle. Les enfants ont encore cette aptitude à être joyeux, à s’émerveiller devant les choses. Regardez-les s’arrêter pour regarder une fleur, alors que nous allons passer à côté sans la voir, sans nous émouvoir de sa beauté, trop préoccupés par nos soucis et nos projets. Au mieux, nous lui collerons un nom dessus, alors que l’enfant s’étonnera de ses couleurs, de ses pétales, de son parfum…

On ne s’émerveille plus devant les choses à partir du moment où on pense les connaître. On ne regarde plus la fleur, l’arbre, les oiseaux dans le ciel… On ne regarde plus les autres.  La nature nous fait des  sourires, mais nous continuons à marcher en regardant nos pieds. C’est parce que nous ne somme pas attentif à l’instant présent que nous perdons notre capacité à nous émerveiller. Nous ne voyons plus, n’entendons plus, ne sentons plus, nous nous contentons de reconnaître.

Seul l’art, en changeant notre façon de voir, d’entendre, en détournant les mots de leur sens trivial, peut nous redonner cette capacité d’émerveillement, d’être ému par la beauté des choses. C’est pour cela que l’art nous est indispensable, c’est pourquoi nous avons besoin de chanter, d’écouter de la musique, de danser, de dessiner, de nous raconter des histoires… C’est la voix de l’enfant, au fond de nous, qui nous appelle. Cette voix que tant de religieux, d’idéologues, de moralistes, de censeurs de tous bords veulent, depuis des siècles, museler. C’est plus facile de vendre de l’eau à des gens qui ont soif, c’est plus facile de vendre le Paradis à des gens malheureux.

La joie de méditer,

La méditation, en installant le silence en nous, en nous libérant de notre attachement à nos pensées, à nos croyances, à nos désirs, nous ramène à cette joie originelle. Nous sommes comme dans l’avion qui passe au-dessus des nuages, quand plus rien ne fait obstacle à la lumière du soleil.

1 Commentaire

  • Patrick Leclercq

    Merci pour ces mots, cette invitation simple et juste à être présent.

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