Esprit Meditation

L’esprit neuf

Esprit neuf, esprit zen, dit Maitre Shunryu Suzuki, en titre d’un de ses livres.

A longueur de journées nous recyclons nos souvenirs, nous les réactualisons et les projetons dans notre futur. De ces souvenirs jaillissent nos pensées : nos jugements, nos opinions, nos regrets ou nos espérances…Nous ne nous laissons jamais le temps d’avoir conscience de l’instant présent.

Chaque fois que nous nous fixons sur un moment de notre vie, nous l’analysons, le comparons, l’évaluons, nous prévoyons son évolution et ses conséquences, sans nous rendre compte que nous ne sommes pas dans la réalité de la vie, mais dans la réalité imaginaire de nos pensées. Et cette comparaison permanente de ce qu’on vit réellement avec nos souvenirs, nos projets, nos désirs, est une fabrique à émotions négatives : déception, insatisfaction, frustration, regrets, colère, jalousie, découragement…

Revenir au présent

Laisser passer ses pensées sans s’y accrocher, c’est revenir pleinement dans le présent. Durant zazen, le « je » abandonne sur le bas-côté sa charrette remplie de vieux souvenirs à laquelle il est tant attaché et dont il pense tirer profit dans le futur. Il lâche prise. Alors s’installent le vide au bout des doigts, l’immobilité dans les jambes, le silence dans la tête, et c’est un esprit neuf qui surgit.

L’esprit neuf ne peut avoir de référence, de modèle, de certitudes, de projets. L’esprit neuf, se redécouvre et se réactualise à chaque instant. C’est le contraire de répéter ce qu’on a appris, que ce soit des enseignements, des sutras, des idées, ou ce qu’on a déjà fait… C’est l’esprit de création. La création ne peut se contenter de reproduire ou d’imiter. Même si l’on ne crée jamais à partir de rien, le créateur doit réinventer ce que les autres lui ont appris. La création se nourrit de sa propre expérience. Si on lui impose un chemin, elle meurt.

Voir ce n’est pas savoir

La plupart du temps on ne cherche pas à voir ni à savoir. Dès qu’on voit quelque chose, on cherche à le reconnaître. Pourtant connaître ce n’est pas reconnaître. Celui qui sait ne voit plus, celui qui reconnait, ne sait plus. Il faut cueillir la réalité à la racine de l’instant, avant que les mots et les souvenirs ne se posent dessus. Ainsi ce que nous vivons n’est pas le rappel de ce qu’on a déjà vécu, ni notre savoir la simple accumulation de connaissances.

Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il faut rejeter, voire mépriser comme certains le font dans une démarche extrémiste, les connaissances acquises par la lecture, les études, ou les enseignements d’un Maître, n’accordant du crédit qu’à la seule expérience personnelle. L’esprit neuf ne veut pas dire oublier tout ce qu’on sait, à moins de devenir un idiot amnésique ! D’ailleurs le moine bouddhiste zen japonais Shunryu Suzuki, l’auteur du livre référence Esprit zen, esprit neuf (voir dans la rubrique A lire) a enseigné et écrit toute sa vie.

C’est au contraire notre capacité de réactualiser tout ce que nous avons acquis du passé, expériences et connaissances, de ne pas les laisser sur le plan mental, mais de les réincarner, ici et maintenant, de se réinventer avec et de réinventer notre vision du monde, qui crée l’esprit neuf du zen, et nous ramène à notre nature profonde, la nature de Bouddha.

Entrer en pays inconnu

L’esprit neuf, c’est la liberté. C’est la conscience libérée de l’ego, de ses croyances, de ses à priori, de ses références au passé, de ses jugements… Il faut entrer en méditation sans idées préconçues et sans rechercher quoi que ce soit, comme quelqu’un qui découvre un pays inconnu dont il n’a jamais entendu parler.  C’est impossible si vous suivez un guide qui vous indique là où il vous faut aller. C’est en cela que la méditation zen n’est pas une méthode, un exercice. Hormis la posture, il n’y a rien à apprendre. Et encore on n’apprend pas la posture, c’est le corps qui trouve la posture, pas la tête.

En réalité, le chemin est en vous, vous seul pouvez le trouver et vous en êtes la seule destination.

 

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