Meditation

Face au mur

D’abord le mur est plein, puis il est vide, puis il n’est rien… 

Une des particularités de la méditation zen, le zazen, est de méditer assis face à un mur. Cette pratique présente plusieurs avantages.

Ne pas être vu

Le premier avantage est de n’être vu par personne. Même le Maître, qui lui est assis en bout du dojo face aux méditants, ne peut voir que leurs dos. Se savoir regardé, on en a tous fait l’expérience, est un excitant pour l’ego. On veut faire bonne impression, montrer qu’on fait aussi bien – et mieux si possible ! – que les autres… Sans le regard de l’autre, nous ne sommes plus en représentation, on peut plus facilement oublier son ego, ne pas se « regarder » faire,  pour entrer pleinement – en pleine conscience pour employer une expression à la mode – dans la médiation.

Et ne voir personne

L’autre avantage de méditer face à un mur, c’est qu’on ne peut voir personne. Impossible de se comparer, de se juger, d’imiter son voisin ou de chercher à l’impressionner par sa maîtrise (surtout si c’est un débutant…). Notre esprit de compétition, notre désir de gratification n’a pas l’occasion de se manifester. Même en groupe, nous restons concentrés, dans une relation intime avec nous-même.

Si l’on pratique seul, chez soi, regarder le mur permet de ne pas se regarder soi-même. Même si personne n’est à nos côtés, nous pouvons devenir notre propre observateur et notre propre juge…

Juste voir le mur

D’abord, le mur nous apparaît comme un obstacle, une limite : le mur nous empêche d’avancer, de voir ou d’entendre ce qu’il y a derrière. Mais dès lors qu’on ne veut aller nulle part, qu’on ne cherche rien de l’autre côté, qu’on est immobile, sans désir « d’attraper » quelque chose, le mur n’est plus un obstacle, ne marque aucune limite, il est juste une surface devant nous.

Sur cette surface, l’esprit ne peut s’accrocher à rien. Pas d’image, qu’elle soit réelle, comme la contemplation d’un beau paysage par exemple ; ou idéale comme la représentation du visage de Bouddha. N’ayant rien à regarder, rien à reconnaître, rien à comparer, rien à juger l’ego n’a rien à faire.

Ne pas se projeter

Mais comme l’ego ne peut pas rester sans rien penser, sans rien imaginer, car c’est sa seule façon d’exister, nous projetons sur le mur nos propres images que nous accompagnons de nos commentaires et de nos jugements. Le mur devient écran.

Ces images peuvent être des souvenirs qu’on se remémore, qu’on compare, ou la visualisation de nos projets, de nos désirs, de nos craintes.  Ces images s’accompagnent toujours d’une opinion : c’est mieux ou moins bien, juste ou injuste, beau ou laid, agréable ou désagréable… C’est notre activité mentale habituelle.

Ce sont nos désirs et nos ambitions qui en se brisant sur le mur en font un obstacle, une limite. Ce sont nos peurs qui, en imaginant ce qui se cache derrière, l’érige en frontière protectrice. En observant le mur, c’est le reflet de notre esprit que nous voyons, comme les films qu’on projetait autrefois, l’été, sur les murs blancs des maisons. En réalité le mur reste vide et ce que nous regardons s’animer, ce sont les productions de notre mental.

Ni à l’intérieur, ni l’extérieur

Le mur n’est ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Il est posé entre nous et le monde. En regardant le mur, le regard n’est pas tourné vers nous-même, n’est pas égocentré. L’esprit ne se fixe pas sur nos pensées, sur nos images mentales, sur nos sensations, sur nos émotions. L’esprit n’est pas non plus tourné vers l’extérieur. Il ne saisit aucun objet, aucune forme. On retrouve  ce que les Maîtres zen appellent « l’esprit vaste ».

Arrivé à ce stade de médiation, le mur s’efface alors en tant que mur, en tant qu’obstacle, en tant qu’écran et devient un espace vide, sans limite, sans forme, dans lequel l’esprit peut s’ouvrir librement. Le mur n’est plus rien, juste le morceau de lumière qui se réfléchit dans nos yeux.

 

4 Commentaires

  • Lebrun

    Comment apprendre à méditer ?

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    • Richard Seff

      Il y a beaucoup de types de méditation, surtout en ce moment…
      Moi, je pratique zazen, la méditation zen ( voir l’article “comment commencer la méditation ” sur ce blog).
      Pour commencer, il est indispensable d’aller dans un dojo zen, même si les rituels peuvent être pour certains un peu rébarbatifs, pour bien comprendre la posture et l’état mental.
      Ensuite, avec un peu de pratique, on peut méditer seul.
      Il y a la méditation de pleine conscience qui est peut être plus accessible. Cela dépend de ce que vous recherchez au fond de vous.
      Dans tous les cas, il n’y a pas de méthode pour méditer, ce n’est pas un exercice, c’est une expérience.
      Il faut se lancer…

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  • Stan

    Merci

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  • Boughanem

    Interessant

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