bouddhisme Meditation

Faire l’expérience de la vacuité

“L’Eveil est de la nature de la vacuité, éternellement immuable, il est au-delà de l’apparition et de la disparition ainsi que de la connaissance” Bouddha

Commencer la méditation, c’est comme préparer sa maison avant d’entreprendre de grands travaux. Il faut d’abord vider les pièces de tout ce qui encombre : sortir les meubles, les sièges, les tapis, décrocher les tableaux, arracher les papiers peints, retirer les rideaux…  Les pièces nous apparaissent alors plus grandes, on redécouvre les sols et les murs dans leur état d’origine. Puis, on ouvre en grand les fenêtres et on réalise à quel point nous vivions dans un endroit confiné et assombri, et que les vitres à travers lesquelles nous regardions le monde s’étaient encrassées, avaient fini par recouvrir  de gris l’éclat des couleurs, transformant chaque chose, chaque être, en de vagues silhouettes qu’on s’était habitué à reconnaître sans plus les voir.

Le grand ménage

La maison ainsi vidée, sans nos meubles, sans nos souvenirs sur les étagères, sans tous ces objets auxquels nous nous étions attachés, sans la décoration à laquelle nous étions habitués, n’est plus « notre » maison. L’ego a quitté les lieux, et nous la voyons à nouveau comme au premier jour : une simple construction faite de murs et de plafonds.

Voir la véritable nature des choses, voilà le sens profond de la méditation. Vider son esprit des pensées, des émotions, des sentiments, des souvenirs, des rêves, non pour les rejeter – ce serait entrer en conflit avec nous-même – mais juste pour revenir à une conscience pure, non souillées par nos illusions. Ce que les Maîtres zen appellent « polir le miroir », afin que sa surface renvoie parfaitement, sans rien ajouter, sans rien déformé, l’image qu’elle reflète. C’est retrouver l’esprit large, l’esprit indéfini et insaisissable qui n’est plus limité par les murs et les plafonds de nos constructions mentales.

Faire le vide

Pour cela il faut d’abord faire le vide. Je n’emploie pas cette expression dans le sens qu’on lui donne habituellement. D’abord, parce que dans le mot « faire », je ne mets pas l’expression d’une volonté. On fait le vide en lâchant prise, en abandonnant les objets qui nous encombrent. On n’a pas besoin de déménageurs pour vider son esprit… On devrait plutôt dire : laisser venir le vide. Car c’est le vide qui est à l’origine de l’espace et de ce qu’il contient. C’est grâce au vide que l’objet peut exister, contrairement au plein qui est l’absence d’espace. Faire le vide, c’est donc retrouver son état naturel, avant qu’on ne remplisse son espace intérieur de tous ses souvenirs bons et mauvais, toutes ses opinions, toutes ses croyances, tous ses jugements, ses aprioris…

L’autre raison pour laquelle l’expression « faire le vide » est erronée, c’est que le vide dont on parle – il ne s’agit pas du vide physique – n’a pas d’existence propre, c’est juste l’espace qui permet à quelque chose d’exister. Nous pouvons observer, notamment durant la méditation, que nos pensées, nos émotions surgissent de ce vide et y retournent, mais nous ne savons pas dire ce qu’est ce vide. Comme l’écrit Maître Roland Yuno Rech : « Si on fait du vide quelque chose de substantiel, si on commence à vouloir le définir, alors ce vide devient un nouvel objet d’attachement » ( Le champ de la vacuité). La vacuité ne peut pas être saisie en elle-même.

Le phénomène est vacuité

Tout ce qui existe, sort de cet état de vacuité et y retourne tôt ou tard. Les phénomènes sont eux-mêmes la conséquence d’autres phénomènes, dans une chaîne de causes à effets sans début et sans fin.  Nous-même n’échappons pas à cette règle, quoi que veuille nous faire croire notre ego.

Faire l’expérience de la vacuité, c’est entrer dans l’espace sans bord et sans fond dans lequel tombent nos perceptions, nos sensations, nos émotions, nos pensées, dans un mouvement perpétuel d’apparitions et de disparitions. C’est voir la réalité impermanente de notre nature et de la nature de l’univers, l’espace indéfini et illimité que les bouddhistes appellent la nature de Bouddha. La vacuité ce n’est pas le néant, au contraire, c’est le champ infini des possibles.

 

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