impermanence Meditation

Accepter l’impermanence

Accepter l’impermanence, c’est le premier pas vers la sagesse.

Rien en nous n’est stable et permanent. Notre corps est en perpétuel mouvement, en évolution constante, jusque dans la moindre cellule. Nos pensées changent sans cesse, passent de l’une à l’autre, se contredisant parfois en l’espace de quelques secondes. Nos émotions naissent et meurent aussi vite, nos sentiments évoluent avec le temps, nos jugements aussi… Tout autour de nous, le monde, les gens, changent à chaque instant. Alors pourquoi refuse-t-on d’être en mouvement ? Pourquoi voulons-nous toujours fixer les choses dans une immobilité artificielle, dans une image définitive qui fige la vie en clichés hors du temps ? Pourquoi sommes-nous tant attachés à l’idée d’un moi stable, permanent, imperméable à l’impermanence du monde et à l’influence du temps qui passe ? Pourquoi l’idée du mouvement nous fait peur ? Pourquoi l’idée de changer nous fait peur ? Certainement parce que l’ego est une construction mentale, et comme toute construction, elle ne peut tenir sur un sol mouvant. Accepter que l’on puisse changer à tout instant, que l’on soit constamment sous l’influence de notre interdépendance avec les autres et avec notre environnement, nous empêcherai de dire « je suis ceci, je suis comme cela », nous enlèverait toute possibilité de nous définir.

L’illusion de la stabilité

Ainsi l’ego nous maintient dans une vision erronée de nous-même, dans une image de soi figée, forgée par notre mental et coupée de la réalité. Accepter l’impermanence, c’est démystifier cette image de soi, c’est accepter de se voir tel qu’on est, c’est-à-dire indéfinissable, mû par des vérités relatives, des convictions provisoires, des sentiments inconstants.

Mais l’esprit humain a horreur de l’impermanence. Il a besoin de vivre dans l’illusion que toute chose est stable et définitive. Or, comme rien ne dure dans ce monde, il est toujours déçu, insatisfait, malheureux. Même quand il est heureux, il ressent l’anxiété, l’angoisse, la peur de perdre ce qu’il a, ce qu’il aime. Nous ne pouvons accepter l’idée, non seulement que nous sommes mortels, mais que tout ce que nous vivons change sans cesse : nos perceptions, nos sensations, nos pensées, nos opinions, nos émotions… Nous ne pouvons accepter notre caractère inconstant et impermanent. Ce conflit entre la réalité et notre ego est source de souffrance. C’est ce que Bouddha appelle Dukkha.

Le sens de Dukkha

Dukkha, c’est le fondement même du bouddhisme Mahayana, le sutra par lequel commence les enseignements de Bouddha Shakyamuni. C’est la première des quatre Nobles Vérités (pour l’explication des quatre Nobles Vérités, je vous conseille le livre L’enseignement de Bouddha, de Walpola Rahula dans A lire). On la trouve souvent traduite en français par « la vie est souffrance », ce qui, depuis des générations, donne une interprétation étroite de la pensée de Bouddha. Dukkha renvoie plutôt à l’idée d’imperfection, d’incomplétude, d’impermanence dont la souffrance, y compris celle de la vieillesse, de la maladie et du deuil sont la conséquence.

Que nous propose Bouddha Shakyamuni ? De nous libérer de la souffrance par l’éveil, c’est-à-dire la prise de conscience de la réalité du monde, et de nous-même dans ce monde. Si Bouddha parlait seulement  de la souffrance occasionnée par la maladie ou la vieillesse, sa promesse n’aurait aucun sens. Chacun sait qu’on ne peut y échapper. La souffrance dont parle Bouddha, c’est l’incapacité pour l’homme ordinaire de garder un bonheur stable à cause de l’impermanence de ce qu’il désire ou de ce qu’il possède, y compris sa propre vie. L’impermanence n’est pas source de souffrance en soi, elle n’est souffrance que pour notre ego qui s’est construit sur l’illusion d’être stable et permanent dans un monde qu’il veut stable et permanent, et qui passe sans cesse des angoisses engendrées par notre désir de conserver ce que nous possédons aux frustrations engendrées par notre désir de posséder ce que nous n’avons pas.

Souffrir c’est résister au courant

La vie est comme le courant de la rivière. Notre peur du mouvement nous empêche d’accepter ce courant qui nous porte, de se laisser guider par lui. Au contraire, nous voulons l’endiguer pour mieux le diriger, monter des barrages pour retenir l’eau qui s’écoule, s’arrimer au rivage, quand on ne s’épuise pas à vouloir  naviguer à contre-courant !… Résister au courant, au Dharma, c’est entrer en conflit avec la vie, et donc avec soi-même. C’est créer Dukkha.

L’impermanence n’est douloureuse qu’a partir du moment où l’on veut diriger, posséder, retenir ce qui ne fait que passer… Comme le dit le Maître bouddhiste zen Thich naht hanh : « Ce n’est pas l’impermanence qui nous fait souffrir. La souffrance, c’est vouloir que les choses soient permanentes alors qu’elles ne le sont pas. »

Rien ne dure, heureusement !

C’est pour cela qu’on a souvent une vision triste de l’impermanence. On l’associe à la séparation, à la fin, au deuil… On l’associe rarement aux bonheurs nouveaux qu’elle nous réserve. Mais, sans l’impermanence, il n’y aurait pas d’autres fois, d’autres rencontres, d’autres découvertes, d’autres expériences à vivre. Lorsque nous sommes malades, nous sommes heureux de savoir que cela ne durera pas éternellement ! Sans l’impermanence nos souffrances seraient insupportables, et nos bonheurs deviendraient vite ennuyeux ! Seule la disparition de ce qui est peut engendrer le nouveau.

La méditation, en nous ramenant  ici et maintenant, nous révèle l’impermanence des choses et de soi-même, car le moment présent meurt et renaît à chaque instant. Alors, l’impermanence, au lieu d’être une source de conflit intérieur et de souffrance, peut devenir une source bénéfique d’apaisement, de liberté et de paix intérieure.

 

3 Commentaires

  • Bravo Richard c'est magnifique

    Bravo Richard c’est utile pour notre monde.
    Bises.
    Laurent

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  • Batsalle

    Lorsque nous sommes malades nous ne sommes pas certain de guérir donc pas forcément heureux …… il y parfois un côté irréversible qui nuit à la sérénité et au bonheur

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  • Richard Seff

    Je ne me permettrai pas de donner de leçon de sagesse à ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme à cause de la maladie ou du deuil. Je sais très bien que j’aurais moi-même beaucoup de mal à l’accepter. Quand je parle d’accepter l’impermanence, c’est dans le cadre de nos vies quotidiennes.

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