Meditation

Méditer… oui, mais pourquoi ?

” L’esprit par son action est l’architecte de votre bonheur et de votre souffrance”. Bouddha Shakyamuni

Pourquoi et comment méditer ?

Avant de savoir comment méditer, on peut s’interroger sur pourquoi méditer ?

Si je vous demande pourquoi vous écoutez de la musique et que vous me répondez que c’est pour vous mettre de bonne humeur, pour créer une ambiance agréable, ou parce que vous n’aimez pas le silence, je vous répondrai que vous n’écoutez pas vraiment la musique, vous l’utilisez pour satisfaire votre désir de bien-être. La méditation, c’est la même chose. Si vous m’expliquez que vous pratiquez la méditation pour vous sentir mieux, vous déstresser, pour lâcher prise avec le quotidien durant quelques minutes, ou même pour parvenir à la sagesse, je vous répondrai que vous ne méditez pas, que vous utilisez votre pratique de la méditation pour atteindre un objectif. Vous servez votre ego, sa volonté de maîtriser, de dominer la situation, de parvenir à ses fins, en un mot, d’être satisfait.

La méditation n’est pas un chemin déjà tracé

Si vous vous posez la question « pourquoi ? », vous n’êtes déjà plus dans une démarche méditative. Cela veut dire que vous attendez une réponse, que vous cherchez un sens, une solution. Vous me direz que tous les chemins sont bons s’ils arrivent à destination. C’est vrai – le désir qui nous pousse vers la méditation est toujours complexe, mélange d’aspirations profondes et d’attentes plus égotistes comme se sentir mieux, se protéger de ses émotions négatives, devenir meilleur – mais à condition de ne pas se perdre en chemin…

La méditation n’est pas une thérapie

Aborder la méditation comme une thérapie pour lutter contre l’anxiété, le stress, la déprime, ou pire comme une méthode de plus de développement personnel, d’hygiène de vie, au même titre que le coaching, l’aquagym ou le régime sans gluten, me parait une démarche vouée à l’échec.  Il est tout à fait compréhensible et légitime de vouloir soigner ses problèmes psychologiques et même simplement de vouloir être heureux et rester en bonne santé, mais je pense que la méditation, malgré ses nombreux bienfaits à terme, n’est pas en soi une méthode, encore moins une solution. C’est juste une pratique qu’il faut entreprendre, non pour essayer de se changer, mais au contraire pour se recentrer, se reconnecter et retrouver la conscience de soi.

La méditation ne soigne pas la souffrance en la combattant ou en l’anesthésiant comme le fait un médicament, mais en prenant conscience des mécanismes qui créent cette souffrance. Il faut prendre du recul pour se voir et voir le monde différemment de la façon dont on le voit tous les jours. Ce recul c’est le lâcher-prise, c’est faire taire son ego. C’est voir ce qui est, ici et maintenant, et non plus projeter ce qu’on croit être vrai avec nos idées, nos aprioris, nos interprétations, nos jugements, qui sont à la source de bien de nos souffrances.

La méditation, c’est le chemin de la liberté

Méditer, c’est se détacher des pensées, qui occupent sans cesse notre esprit, pour se reconnecter au réel. Sans chercher à les bloquer ou a les dissiper, mais sans s’identifier à elles. Ainsi on peut les observer et les voir pour ce qu’elles sont : des illusions. Notre ego, nos croyances les plus profondes, nos vérités, même l’évidence que 2+2 font 4, ne sont que des constructions mentales auxquelles nous adhérons au point de les prendre pour la réalité. En prenant conscience du réel, nous nous libérons de nos conditionnements sociaux, culturels et psychologiques qui ont forgé notre vision de soi et notre vision du monde, nous retrouvons un esprit libre.

La méditation ne recherche aucun profit personnel

L’autre écueil sur lequel on peut échouer, surtout en ce moment, c’est la marchandisation de la méditation, ou je devrais plutôt dire des méthodes méditatives :  CD de méditation guidée à écouter chez soi, applis pour se concentrer 2 minutes pendant la pause déjeuner, livres en tous genres… On nous vend du bonheur, du sens, du bien-être comme n’importe quel objet de consommation. Promesses illusoires visant à calmer nos angoisses face à la solitude, la maladie, la vieillesse et la mort. Mais comme les crèmes « anti-âge » n’ont jamais empêché personne de vieillir, la méditation vendue en rayon « développement personnel » ou avec votre forfait smartphone ne vous soulagera pas de vos souffrances. Au contraire elles ne feront que les entretenir, la paix intérieure étant incompatible avec la recherche de la satisfaction de l’ego.

La méditation c’est Mushotoku

Le principe de base de la méditation zen c’est Mushotoku (à ce sujet, voir l’article Moshotoku la base de la méditation zen  ), qu’on peut traduire par agir sans but est sans recherche de profit. Méditer, ce n’est pas chercher à être meilleur, à se sentir mieux. Ce n’est pas chercher une gratification. Ce n’est pas non plus suivre un enseignement bouddhiste ou autre. Si on vous demande de faire ceci, d’agir comme cela, l’ego entre en jeu avec tout son attirail : le désir de progresser, de réussir, de briller, d’attirer la reconnaissance, mais aussi la déception, le découragement, la colère contre soi…

Il faut aborder la méditation comme une expérience, sans but, sans se poser la question de ce que cela va vous rapporter, comme on se jette à la mer. Ce n’est qu’ensuite, lorsque vous vous êtes habitué à l’eau, à la nage, que vous pouvez ressentir les effets dans votre corps et dans votre esprit – l’un ne va pas sans l’autre – et que vous pourrez voir depuis le large que le paysage que vous avez devant les yeux ne ressemble plus du tout à celui que vous aviez l’habitude de voir depuis la route que vous empruntez tous les jours.

Le sens de zazen

Dans la méditation zen, il n’y a pas de mouvement vers quelque chose. Il faut juste s’assoir sur le coussin de méditation, le zafu, rester immobile et vivre l’expérience, sans chercher autre chose, comme on écoute la belle musique. S’assoir et méditer, c’est le sens de zazen : méditation assise en japonais.

Les études scientifiques les plus récentes ont démontré, grâce aux progrès des neurosciences, les effets positifs de la méditation sur le cerveau, sur la gestion du stress ou les états dépressifs et même sur la régénération des cellules de notre corps  (voir article : https://www.cortex-mag.net/comment-la-meditation-agit-sur-le-cerveau/)

Mais l’essentiel n’est pas là. Méditer n’a de sens que si cela nous amène à approfondir et élargir notre champ de conscience, à changer notre façon de voir, à nous libérer des illusions créées par l’ego et des émotions négatives qu’elles provoquent en nous, pour vivre mieux. Vivre mieux avec nous-mêmes, avec les autres, avec le monde qui nous entoure et dont nous faisons partie.

Méditer est une expérience spirituelle

Méditer est une expérience spirituelle, mais pas mystique. Il n’y a pas de relation transcendantale avec une puissance divine, une conscience supérieure comme lorsqu’on récite une prière.  Au contraire, c’est en nous et en nous seuls que nous pouvons trouver cette puissance, cette « énergie spirituelle » dont parle Henri Bergson, que chacun peut appeler Conscience cosmique, Bouddha ou Dieu et que nous partageons avec tous les êtres sensibles.

 

2 Commentaires

  • Eric haeny

    Bonjour Mushotoku ça n’existe pas,croire ça est une illusion

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    • Richard Seff

      Oui, je suis d’accord avec vous. Croire que ça existe est une illusion. Mais croire que ça n’existe pas aussi… Seule l’expérience est réelle (et non la réalité).

      Répondre

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