Ego Meditation

L’ego, ou comment s’en débarrasser…

Depuis notre plus jeune âge, nous nous  identifions à notre ego

J’ai souvent lu et entendu : « l’ego fait ceci ou cela » ou encore : « il faut tuer l’ego ». Mais qui parle quand il dit ça ?  Qui est « il » et qui est « l’ego ». Nous ne sommes pas doubles. Malheureusement, si on veut tuer son ego il faut se tuer soi-même ou se dissoudre corps et esprit dans une conscience globale, ce qui me paraît être peu réaliste, du moins tant que nous sommes vivants. Le corps aura vite fait de nous rappeler à sa réalité. Même le plus grand sage, s’il a mal aux dents, ne se dit pas « mon corps est une construction mentale et cette douleur n’est qu’illusion », il va se faire soigner chez son dentiste ! Or qui lui souffle d’agir pour se soigner, pour protéger son corps et éviter la souffrance ? Son ego et rien d’autre.

Beaucoup de personnes, en voulant se libérer de l’ego, ne font que l’orienter vers de nouvelles formes de productions conditionnées. Se penser sage, se vouloir vertueux, détaché des préoccupations mondaines, s’imposer des régimes ascétiques… c’est encore s’identifier à son ego.

L’ego est une illusion

L’ego n’est pas ce « moi fantomatique » dont parle Eckhart Tolle, qu’on pourrait dissiper, comme on dissipe une ombre, en l’exposant à la lumière de notre conscience. L’ego est notre identité et nous permet de nous définir en tant qu’individu. Quoi que nous fassions, tant que nous serons un corps et un esprit, nous serons aussi un ego. Comme l’a décrit Sartre, l’ego est l’union de « je », celui qui pense et agit et de « moi » celui qui perçoit et ressent. Ce que je perçois ou ressent se transforme en pensées à l’instant en j’en prends conscience – c’est la spécificité de l’humain – et me pousse à agir. Et ce que je pense ou ce que je fais produit en moi des perceptions, des sensations et des émotions nouvelles qui à leurs tours produisent d’autres pensées, d’autres actes, dans une boucle sans début et sans fin.

Ni « je » ni « moi » ni « l’ego » n’ont d’existences propres, c’est-à-dire tangibles, indépendantes et pérennes, ce sont tous les trois des productions conditionnées qui s’auto-alimentent les unes les autres. C’est ainsi que nous fonctionnons. C’est bien pour cela que nous restons immobiles et détachés de nos pensées quand nous faisons zazen.

Dire, comme le font les bouddhistes, que l’ego est une illusion, une construction mentale, est donc juste. Mais, de même que l’illusion fait partie de la réalité, l’ego fait partie de ce que nous sommes. Cette séparation artificielle entre un moi réel, mon Être, et l’Ego, entretient l’esprit de dualité, comme de séparer le corps et l’esprit, le monde et moi. Or l’ego naît justement de la dualité, de notre façon de se penser, de se dédoubler en sujet et objet, de tout discriminer et étiqueter. Vouloir lutter contre son ego, c’est engager l’ego à lutter contre lui-même. Conflits intérieurs garantis !

L’ego, ne crée rien par lui même

Si l’ego est une illusion, il ne peut rien créer par lui-même.  Il ne crée pas la peur, la volonté de puissance, le désir de jouissances, la violence qui sont en nous depuis nos origines, il les active. L’ego nous pousse à appuyer sur la gâchette, nous donne de « bonnes raisons », mais l’arme est déjà dans notre main.

À force de vouloir nous protéger, nous avantager, l’ego, comme un serviteur trop zélé, nous isole et nous encourage dans la recherche égoïste de tous les profits et les plaisirs possibles, et nous entraine dans une concurrence épuisante et sans merci avec les autres êtres vivants. C’est parce que l’ego est dangereux, source de la plupart de nos souffrances et de nos conflits, qu’il faut pouvoir le contrôler. Mais comment ?

Ne pas s’identifier à l’ego                         

L’ego devient dangereux quand on ne le contrôle pas, quand on croit à sa réalité, que l’on s’identifie à lui. L’ego n’est pas responsable de notre vision erronée des choses, c’est notre vision erronée, notre ignorance, qui est la cause de l’ego.

En méditant, nous pouvons voir nos peurs, nos désirs, notre colère, notre avidité dans leur réalité, les ressentir dans notre corps. Alors on comprend qu’elles ne viennent pas des autres, des circonstances, de notre environnement, qu’elles sont en nous. C’est nous qui créons ces émotions négatives, et nous seuls pouvons les détruire.

Tant que nous pensons que nos peurs, nos colères, nos haines, nos convoitises (comme demander aux femmes de se voiler pour ne pas provoquer le désir des hommes !…) sont créés par les autres, par les circonstances de la vie, par notre environnement, alors nous en serons toujours victimes. Notre ego s’en emparera à la moindre occasion, il utilisera notre violence et notre avidité pour accaparer plus de biens, rechercher plus d’avantages, de bien-être, obtenir plus de pouvoir, transformant tout ce qui se met en travers de sa volonté et de ses désirs en adversaire, voire en ennemi.

Ne pas nier l’ego

Ce n’est pas l’ego le problème, c’est la façon dont nous le laissons fonctionner, l’habitude que nous avons prise, depuis notre plus jeune âge, de s’identifier à lui. L’erreur qui est la source de bien des souffrances personnelles et collectives, c’est que nous croyons à la réalité de l’ego, nous croyons être notre ego, nous croyons à ce que l’ego pense au point de prendre ces pensées pour des réalités, ou pire pour des vérités. C’est en prenant conscience de la façon dont l’ego fonctionne, dont on s’identifie aux idées et aux émotions qu’il produit en nous, qu’on peut en limiter, voire neutraliser ces effets.

Au lieu de chercher à nier l’ego, à s’opposer à lui, il faut l’accepter avec bienveillance comme faisant partie de ce que nous sommes. Ne pas chercher à juger – qui est le juge, qui est l’accusé ? – à combattre – qui est l’agresseur, qui est l’agressé ? – afin de retrouver son unité.

Sortir de la dualité

La médiation zen nous aide à retrouver notre unité, à ne plus penser de façon dualiste. L’ego se construit sur la dualité entre moi et les autres, moi et le monde, en ignorant notre interdépendance. Il nous enferme dans une relation de sujet à objet, nous transformant nous-mêmes en objet mental quand nous nous pensons.

Nous nous regardons comme nous regardons notre visage dans un miroir, mais comme le dit Maitre Tozen, « le reflet est nous, mais nous ne sommes pas le reflet » (à ce sujet voir l’article Je est un jeu de miroir). En méditant, nous supprimons toutes séparations entre sujet et objet, entre être et ego, entre moi et le monde. Nous fermons les brèches par lesquelles l’ego s’introduit et agit.

Faire silence

Durant les premières minutes de méditation, nous avons du mal à faire taire la petite voix intérieure qui entretient un dialogue permanent avec nous-mêmes. Habituellement nous ne la remarquons pas, pourtant c’est elle qui nous dit ce que nous devons faire, ce que nous devons penser, qui nous fixe les buts à atteindre, qui nous souffle ce qui est bon ou mauvais. C’est cette voix qui porte un jugement sur tout, et surtout sur nous… C’est la voix de l’ego.

En ramenant le silence intérieur en nous, nous empêchons cette voix de nous parler. Nous sortons du monde virtuel de nos pensées, de nos désirs et de nos craintes, pour revenir à la réalité d’ici et maintenant.

Etre présent

Dans l’instant présent, nous n’avons pas le temps de comparer ce que nous sommes en train de vivre avec nos souvenirs ou nos prévisions, avec ce que fait notre voisin. Nous n’avons pas le temps de nous juger, d’évaluer ce qui est bon ou mauvais, beau ou laid, profitable ou inutile, etc. Le temps d’y penser et c’est déjà trop tard, ou alors, notre esprit n’est plus ici et maintenant…

La méditation nous aide à prendre conscience de l’impermanence, de la façon dont nos idées et les émotions qui s’y attachent naissent et meurent en quelques secondes, si nous ne cherchons pas à les retenir. Elle nous fait prendre conscience du caractère illusoire de la continuité du moi, sur laquelle l’ego se construit.

Ne pas “saisir” les pensées

L’ego a besoin de la pensée pour exister. Il ne se manifeste qu’à l’instant où je dis « je », ou je me pense : je fais ceci, je pense cela, je suis comme ça… L’ego n’est pas une simple activité mentale qui pose des mots sur ce que nous percevons et ce que nous ressentons, il donne sens à ces mots. Il forge nos opinions et nos jugements qui motivent la plupart de nos actes.

Ne pas s’accrocher aux pensées pendant la méditation, les laisser passer sans vouloir les saisir, va automatiquement neutraliser l’action de l’ego. En nous détachant de nos pensées, nous réalisons que nous ne sommes pas l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes, nous sommes celui qui crée cette idée.

Rester immobile

« Ne pas bouger ! » est une phrase qui revient souvent pendant zazen. En restant immobiles, nous privons notre ego de la possibilité d’agir, d’éviter l’inconfort ou de vouloir progresser. L’ego veut toujours atteindre quelque chose, aller quelque part, saisir ou fuir. Il nous projette dans un mouvement permanent, poussé par nos désirs, nos craintes, nos espoirs… Nous sommes toujours dans le devenir, en oubliant la réalité du présent.

La méditation ne détruit pas l’ego, elle permet de le faire taire, de l’empêcher d’agir et de neutraliser ses effets en nous, en particulier son insatiable avidité aussi mauvaise pour nous que pour les autres et son impatience à posséder ou à rejeter. Elle nous fait prendre conscience que nous ne sommes pas l’ego, mais que nous le produisons, et que nous pouvons donc nous libérer de son emprise.

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