Conscience méditation

Unis vers l’uni

“Sur ce minuscule grain d’poussière, sur cet atome cet électron, sur cette particule élémentaire nous voilà ensemble, unis vers l’uni.” Michel Jonasz.

Si je commence cet article en reprenant le texte de la superbe chanson de Michel Jonasz, c’est parce que, parfois, les chansons en disent plus en quelques mots que de longs textes philosophiques (c’est un ancien parolier qui vous le dit…). Ces trois mots Unis vers l’uni, qui tournent comme une boucle sans début et sans fin, résument à eux seuls ce qu’est la méditation : retrouver l’unité en soi-même pour parvenir à l’unité avec les autres et avec  l’univers dont nous partageons la même énergie et la même conscience. Sortir des divisions intérieures et extérieures, sources de tant de conflits et souffrances. Ce qu’un Maître zen a dit autrement : “Le sage n’a pas de moi ni de non-moi, mais il est l’univers et l’univers est lui.”

Ne faire qu’UN

Faire Gassho, c’est se ré-unir.

Avant de démarrer zazen, et quand on termine sa  médiation, il est de tradition de faire Gassho. On salue en portant ses deux mains jointes à hauteur du visage, les coudes à l’horizontale, en se concentrant sur le contact de nos deux paumes. Ce contact, cette jointure, c’est le symbole de l’unité. Les bras se referment, formant une boucle qui laisse l’énergie circuler sans déperdition, sans obstacle. On reprend contact avec soi-même, on reprend conscience de son unité. En méditation il n’y a plus celui qui observe et celui qui est observé, celui qui fait et celui qui juge, celui qui veut et celui qui essaie, etc.

Il faut sortir de l’opposition entre la tête et le corps. La tête n’est pas le maitre du corps ni le corps le serviteur de la tête.  Faire zazen c’est habiter son corps tout entier. Il faut être autant dans son ventre, dans ses poumons, dans ses mains que dans sa tête. Ne faire qu’UN.

L’unité avec les autres

Lorsqu’on réalise son unité fondamentale, on réalise son unité avec les autres et le monde dans lequel on vit. On est en contact avec eux. Prendre conscience de l’autre c’est entrer en contact avec lui. C’est parce que nous le regardons, nous l’écoutons, nous le touchons et qu’il nous touche, physiquement et émotivement, que nous pouvons le connaître. Sinon, ce n’est qu’un nom avec une image posée  dessus : un homme, une femme, un jeune, un vieux, un noir, un blanc, un chinois, un juif, un musulman, un riche, un pauvre, un sage, un migrant … Nous ne connaissons l’autre que s’il devient une partie de nous, et que nous devenons une partie de lui. Je ne parle pas de communion, quand moi et l’autre ne font qu’un, qui est une vision mystique de l’amour. L’autre n’est pas moi, je ne suis pas l’autre, mais nous avons cette surface de contact que nous partageons. C’est cette capacité de pouvoir partager une partie de nous qui fait de l’autre un semblable, puisque nous partageons ce point commun.

L’unité avec le monde

De la même façon, que savons-nous du monde sinon cette partie que nous percevons et qui entre en contact avec nous, ? N’est-ce pas cette limite de peau entre nous et le monde qui nous permet de donner une forme à notre corps, d’en ressentir son existence ? N’est-ce pas le contact des particules de lumière sur les quelques millimètres carrés de nos rétines, des ondes captées par nos oreilles, des molécules qui pénètrent notre nez et notre bouche que nous appelons l’univers ? Prendre conscience que l’univers que nous connaissons est en nous, et en nous seulement, c’est prendre conscience que nous sommes aussi une part de cet univers.

Garder le contact

La rencontre de la conscience et du monde matériel, crée le phénomène. En dehors de cette rencontre, de ce contact, il n’y a ni conscience ni  monde. Qui y a-t-il réellement à l’intérieur de moi ? Je l’ignore. Qui y a-t-il réellement en dehors de moi ? Je l’ignore. Je ne suis rien qu’un bout de nature dans la Nature, qu’un bout de vie dans la Vie, un bout de conscience dans la Conscience. Je ne suis rien, mais je suis autant que tout l’Univers. J’en fait partie et il est en moi. La méditation nous aide à retrouver ce contact et cette unité avec le monde et non, comme certains le croient, à nous en détacher.

Funi

Ce que nous appelons en français « l’unité » se dit Funi en japonais. Funi peut se traduire littéralement par « non deux ». C’est là où l’on voit la différence essentielle entre la façon de penser d’un occidental et d’un asiatique, chinois ou japonais. Funi signifie clairement qu’il n’y a pas de séparation possible, que le monde ne peut se diviser en deux, trois, dix ou mille parties, qu’il n’est qu’UN et que toutes séparations, discriminations est l’œuvre de notre esprit. Alors que pour nous, occidentaux, l’unité signifie l’agrégation, la réunification de plusieurs parties en une seule, autrement dit, le processus inverse !

Cette différence d’approche intellectuelle, de vision du monde, explique les différences fondamentales entre la philosophie occidentale et les différentes philosophies indiennes, bouddhistes et taoïstes qui ont formées le bouddhisme zen. Dans ces philosophies holistiques, l’homme fait partie d’un tout qui est l’univers, il n’a pas d’existence propre, indépendante et on ne peut le penser, le comprendre que dans et par sa relation au monde. Il est le fruit de cette interaction, de son interdépendance, et ne continue à exister que par elles. Il est fait de la même matière et de la même énergie, le Chi ou Ki  en japonais, que tout l’univers  (à ce sujet voir l’article “Ki, le souffle de l’univers“).

Toute notre philosophie, et par capillarisation des idées, notre façon de penser, s’est faites sur l’opposition de l’homme et de la nature, du corps et de l’esprit, de la matière et du vide, du phénomène et de la réalité, alors que l’hindouisme, le bouddhisme et le taoïsme ont en commun de considérer que la réalité est une et indissociable et que toute séparation est une illusion, une vue de l’esprit, une vision erronée du monde et de soi-même, ce que les hindous appellent le voile de Maya et les bouddhistes zen les bonnos.

Méditer, c’est retrouver Funi en soi, le “non deux”.

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