Conscience Meditation

Casser les murs

Un mur, d’un côté la haine de l’autre la peur. Au bout, la guerre.

Aujourd’hui, en dehors du cercle intime de la famille et des amis, l’autre est perçu comme un étranger et nous ne le voyons qu’à travers ses différences. C’est souvent un gêneur sur notre chemin, à moins que nous puissions l’utiliser pour assouvir nos désirs ou servir nos ambitions personnelles. Au mieux nous l’ignorons, au pire nous le rejetons et nous cherchons à le détruire.

Un mur pour nous séparer

Contrairement à la tribu où nous avons vécu durant des dizaines de milliers d’années et où chaque individu était connu de tous, avait une histoire, un rôle, une place, nos groupes identitaires – nos tribus d’aujourd’hui – sont des abstractions : nous appartenons à un pays, une catégorie socioprofessionnelle, une communauté idéologique ou religieuse…  C’est cette abstraction que manipulent très bien les populistes et les dictateurs – le second n’étant que le prolongement du premier.

Qu’est-ce en effet qu’une nation, une frontière, un peuple, une religion, un parti politique sinon des créations de notre imaginaire collectif, une croyance ? (Je renvoie à ce sujet au livre passionnant de Yuval Noah Harari : Homo Sapiens, dans la rubrique A lire). Mais cela permet de construire des murs séparant les hommes entre bons et mauvais. Les bons étant ceux qui sont du même côté du mur que nous, les mauvais de l’autre côté (cela fonctionne paradoxalement de la même manière de chaque côté…). On peut dresser ce mur n’importe où, entre deux pays, c’est-à-dire deux peuples – le modèle classique dont l’efficacité qui se compte en dizaine de millions de morts n’est plus à démontrer –, mais aussi entre deux villages ou entre deux quartiers pour séparer les noirs des blancs, les chrétiens des juifs, les pauvres des riches… Mais le plus souvent, ce mur ne sépare aucune zone géographique, il sépare juste les hommes : l’élite contre le peuple, les révolutionnaires contre les conservateurs, les croyants contre les mécréants, les autochtones contre les migrants…

Un mur pour nous enfermer

Pour exister, les populistes et les dictateurs ont besoin de construire des murs, de se hisser dessus et d’exciter le peuple en attisant la peur naturelle de l’étranger, du différent. Le danger vient toujours de l’autre côté du mur. Il faut un mur pour faire croire que l’ennemi se cache derrière, faute de le voir réellement. Ces murs sont censés être là pour nous protéger, mais très vite ils nous enferment comme des moutons apeurés dans leur enclos.

Un mur pour ne pas voir

Derrière le mur, on ne voit pas l’autre. On ne connait pas sa vie, ses rêves, ses souffrances, ses histoires d’amour. On ne voit pas le père, la mère, l’enfant. C’est juste un nom, comme une étiquette collée sur un bagage sans qu’on sache ce qu’il y a à l’intérieur. On peut facilement le détester, en faire un ennemi, parce qu’il n’a aucune réalité, aucune identité, aucun regard, aucun visage.

Car, dès que je regarde le visage de l’autre, il ne m’est plus étranger. L’autre devient une part de moi-même, dans cette intersubjectivité qui fait de l’autre, non le même, mais mon semblable. Contrairement à toutes les autres espèces animales, je sais ce qu’il est : un humain comme moi, qui éprouve les mêmes sensations, les mêmes émotions, les mêmes sentiments que moi. Et je m’en sens responsable parce qu’il porte une part de mon humanité. Le détruire, c’est détruire une part de moi-même.

Le sens de la méditation, pour moi, c’est de prendre conscience du réel, en opposition à la réalité imaginaire qui occupe notre esprit à longueur de journée (souvenirs, projections, pensées, opinions…). C’est dans cette réalité imaginaire que se forment nos peurs, nos haines et que s’arment nos bras. Prendre conscience du réel, c’est prendre conscience de l’autre et ne pas le remplacer par  l’idée qu’on se fait de lui, c’est casser les murs de nos constructions mentales.

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