Meditation

Faire silence

L’esprit silencieux est étonnamment actif, vivant et puissant, mais sans aucune visée particulière. Seul cet esprit est littéralement libre… (Jiddu Krishnamurti)

À l’expression faire le vide, je préfère celle de faire silence. D’abord parce qu’on ne peut pas faire le vide, on peut juste prendre conscience du vide. Prendre conscience, par la méditation, de l’irréalité de nos constructions mentales, les bonnos. Faire silence, c’est tout simplement se taire ! Tout le monde peut se taire, il suffit d’interrompre cette conversation permanente que nous avons avec nous-mêmes, d’arrêter de commenter, de juger, de se rappeler, de comparer… De ne pas se laisser entraîner à réagir à ces pensées, à s’identifier à elles, à provoquer en nous des émotions totalement déconnectées de ce que nous vivons à l’instant présent.

Le silence de Krishnamurti

Krishnamurti est celui qui a le mieux parlé du silence intérieur. Ce silence, c’est le détachement de l’esprit de ce qu’il pense. Pour Krishnamurti, le silence nait quand s’efface toute séparation entre celui qui observe et ce qui est observé. Quand l’arbre que je regarde n’a plus de nom, n’est plus un concept d’arbre, la reconnaissance d’un arbre déjà vu dans le passé… Quand je suis tout entier dans la perception, dans cette partie commune qui me relie à l’arbre, qui me relie au monde. Durant le temps où je l’observe, je disparais en tant que moi, et l’arbre disparait en tant qu’arbre. Cette attention portée au réel, sans intervention de la pensée, c’est ce que Krishnamurti appelle le silence. Il en est de même avec les êtres humains. C’est dans le silence qu’on peut les entendre, écouter vraiment leurs paroles, sans poser sur eux un nom, un qualificatif, un jugement à priori, ces idées toutes faites de l’autre qui m’évite de le regarder, de voir son visage, ce visage qui nous rappelle à notre humanité – je recommande à ce sujet le livre d’Emmanuel Lévinas : Entre nous (voir rubrique A lire) – et qui me sert à me convaincre que cet autre n’est pas mon semblable.

Ce détachement ne vient pas de notre volonté – « je vais essayer de ne pas m’accrocher à ce que je pense » –, car dans ce cas, il y a toujours pensée et l’observation de celui qui pense, mais de ma présence au monde, de mon attention à l’autre, de l’effacement de moi en tant que centre d’observation.

Dans le bruit, on écoute, dans le silence on entend

Quand on est entouré de bruit, il faut faire un effort pour entendre un son, une parole. On est obligé de fixer son attention sur un point, et on n’entend réellement rien d’autre. Alors que dans le silence, sans effort d’attention nous remarquons le moindre bruissement de feuilles, le moindre insecte qui vole autour de vous, le moindre chuchotement. Sans volonté particulière, nous sommes conscients de ce qui se passe autour de nous à l’instant présent. C’est exactement dans cet état d’esprit que nous devons méditer. Entendre ce silence, c’est retrouver notre état originel, un esprit neuf, qui jaillit de l’instant présent, vierge de tout souvenir et de projets d’avenir.

À l’origine il n’y a que le silence. Les sons, les notes, les mots se posent dessus comme des oiseaux sur la branche. Ils arrivent toujours de quelque part et repartiront bientôt pour aller plus loin emportés par le temps qui passe. Seul le silence demeure.

Le silence n’a ni passé ni futur.

6 Commentaires

  • Roland

    Des écrits qui recale mon esprit…merci

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  • Pégand christian

    Méditer sans relâche …,,, et aimer 🙏😍

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    • Richard Seff

      L’un conduit à l’autre…

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  • Max Ruiz

    Ces mots évoquent pour moi ce que Gurdjieff appelle « le rappel de soi » (se souvenir de soi-même). J’ai atteint cet état deux ou trois fois, il y a longtemps. Mais c’est ici si bien présenté, je vais essayer.

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    • Richard Seff

      Alors je n’ai pas écrit pour rien !

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