Meditation

Savoir décompresser

« Je sens que je vais exploser ! »

Mais que se passe-t-il dans notre tête ?

Au quotidien, notre esprit ressemble à une cocotte-minute. Nous nous enfermons dans nos pensées et refermons le couvercle. Dès le réveil, nous pensons à ce que nous devons faire, à l’heure à laquelle nous devons arriver au travail, aux dossiers que nous devons traiter, aux personnes qu’il va falloir rappeler, etc. On repense à ce que nous avons fait la veille, aux discussions que nous avons tenues, aux objectifs que nous nous sommes fixés. On se remémore les propos gratifiants ou amusants avec plaisir, et ceux qui nous ont blessés ou contrariés avec les mêmes sentiments d’humiliation, de frustration, de déception, de peine ou de colère toujours renouvelés. Comme un scénariste complaisant, nous réécrivons les scènes de notre vie telles que nous aurions aimé les vivre. Nous en changeons les dialogues. Nous inventons des suites. Nous comparons sans cesse ce qui est à ce que nous voudrions qu’il soit, à ce que nous avions prévu et nous sommes rarement satisfaits du résultat. Nous jugeons nos actes, ceux des autres, nous défendons des opinions, des convictions. Nous calculons pour gagner davantage d’argent, de reconnaissance, de pouvoir, d’amour, d’honneur… Nous échafaudons des stratégies pour arriver à nos fins, pour éviter ce que nous redoutons. Et au milieu de tout ça, il y a les courses à faire, les enfants dont il faut s’occuper, les factures à payer, le banquier à rappeler, les kilos à perdre avant l’été… Toutes ses pensées (et cela ne représente qu’un court échantillon de quelques minutes d’une journée !) tournent en boucle dans notre crâne, créent des émotions, s’échauffent et font monter la pression : le stress, l’angoisse, la surexcitation ou le découragement… On commence à se dire : « Je sens que je vais exploser ! »

Alors on cherche une échappatoire, on fait du sport, des exercices de relaxation, on joue aux jeux vidéo… Mais c’est toujours la même mécanique qu’on active : on veut se sentir mieux, être plus performant, réussir, avoir une image positive de soi-même. On court derrière cette image comme un lévrier derrière un leurre, et l’on épuise son énergie à essayer de l’attraper. La pression continue de monter et quand la cocotte explose, c’est le burn-out.

Il ne faut pas croire tout ce qu’on pense !

La question qu’on peut se poser c’est pourquoi sommes-nous autant attachés à ce que nous pensons ? À ce que nous pensons de nous, des autres, à ce que nous pensons que les autres pensent de nous… Pourquoi sommes-nous attachés à nos opinions, au point de pouvoir se battre pour les défendre, alors que nous en aurons sûrement changé dans quelques jours ou dans quelques années ? Pourquoi sommes-nous attachés à nos souvenirs qui ne servent plus à rien et qu’on trimbale comme des valises trop lourdes ?

Et que dire de tous nos projets ? Combien vont réellement se réaliser ?  Et même s’ils se réalisent, ils ne seront jamais parfaitement conformes à ce que nous avions imaginé. Il y a toujours une différence, un impondérable qu’on n’avait pas prévu. C’est souvent une source de déception et de frustration. Mais parfois, heureusement, de belles surprises…

Combien de nos pensées deviennent réalité ? Surement, aucune. Le passé n’existe que parce que nous le réactualisons par la pensée et le futur parce qu’on l’imagine. Alors, pourquoi agir comme si ce que nous pensions était vrai ? Parce que notre ego n’existe que par la pensée. L’ego n’a aucune réalité, il est l’idée que nous nous faisons de la réalité et de nous-mêmes et il a besoin de la pensée pour exister. Il a besoin de la pensée pour dire « moi ».

Soulever le couvercle

Pour décompresser, il faut soulever le couvercle de l’ego qui nous isole et nous enferme dans nos idées et nos émotions. Comment ? En reprenant possession du présent. En restant conscient de la réalité qui est ici et maintenant et non dans ses idées, dans le passé ni dans un hypothétique futur. Pour être exact, nos pensées, au moment où nous pensons, font partie de la réalité. Pour cela ce ne sont pas de simples illusions, mais elles le deviennent quand on les confond avec la réalité. Les pensées sont dans la réalité, mais ne sont pas la réalité.

C’est très difficile de ne pas être dans ses pensées et de reprendre conscience de la réalité. Voilà une des raisons essentielles de méditer. Posez-vous et observez ces pensées qui tournent dans votre tête.  Qu’ont-elles de réel ? Rien. À l’instant où vous lisez ces lignes la seule réalité tangible pour vous ce sont les mots que vous lisez, ce qu’ils produisent en vous comme idées et sensation, ainsi que tout ce que perçoit et ressent votre corps.

Être celui qui observe ses pensées et non qui les vit en s’identifiant à elles, comme nous le faisons en permanence, c’est comprendre que le plus souvent nous ne réagissons pas à la réalité – il est normal de réagir dans l’instant à une situation – mais aux idées que nous nous créons, et qu’en réactivant nos émotions à partir de ces idées, nous produisons, lorsque ces émotions sont négatives, notre propre souffrance.

Nous voulons sans cesse contrôler et diriger notre vie, en voulant que le monde et les gens qui l’habitent ressemblent à ce qu’on voudrait qu’il soit. Cela épuise nos forces et ne nous mène nulle part. C’est comme si le marin, pour diriger son bateau, voulait agir sur le vent et les courants, au lieu de s’en servir pour garder son cap !

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